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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 19:03

Pour prendre rendez-vous pour une psychothérapie (à Paris), reportez-vous au lien "prendre rendez-vous" dans la colonne  à droite en bas de page.

 

UN TROUBLE PSYCHOSOMATIQUE

Les glossodynies (Burning Mouth Syndrome, BMS, Paresthésies Orales Psychogènes, anciennement PBP) et stomatodynies sont des sensations gênantes ou douloureuses dans la cavité  buccale, sans étiologie organique médicalement constatée.

Ces sensations sont essentiellement de type "brûlures",  sensation de « bouche en feu » (Burning Mouth Syndrome), ou des "picotements" évoquant parfois les aphtes. Il peut s'agir aussi de sensations de bouche "sèche", de "salive gluante", d'amertume ou d'acidité.  Ces sensations siègent principalement sur la langue, mais parfois aussi dans les gencives, les lèvres, le palais; d'où la dénomination de "stomatodynie".  Il peut s'agir plus rarement d'une gêne dans le pharynx ("ténesme pharyngien").  

     
Les antalgiques sont inopérants, au risque d'être augmentés, tout comme les traitements locaux, dont certains peuvent avoir des effets aggravants.
 
Les statistiques médicales (4)(5)(7) font état d'une fréquence  4 fois supérieure chez les femmes que chez les hommes, d'un âge de début  habituellement entre 40 et 60 ans, plus rarement avant trente ans. Ces symptômes représentent une proportion  conséquente des consultations auprès des stomatologues et dentistes. 

UN CYCLE NYCTHEMERAL PARTICULIER 

Ces symptômes ont en commun d'apparaitre après le réveil matinal, d'atteindre leur intensité maximale en fin d’après-midi, de s'atténuer ou  disparaitre au cours des repas.   Ils disparaissent pendant le sommeil, mais chez les  patients particulièrement anxieux, ils peuvent être ressentis comme responsables de l’insomnie. Ces particularités chronologiques ont une valeur certaine d'orientation diagnostique.

DES PATIENTS ANXIEUX 

Les patients observent très souvent leur langue avec inquiétude, notant parfois ce qui leur semble être des altérations organiques : papilles très rouges et exacerbées, légères déformations du bord de la langue, ...
Ces patients  craignent souvent un cancer, ou bien attribuent leurs symptômes à des soins bucco-dentaires récents. Cette anxiété s'accompagne souvent de mouvements de frottement inconscients de la langue contre le palais et/ou les gencives, qui créent des irritations et les rougeurs qui focalisent l'attention des patients.   

UN DIAGNOSTIC PARFOIS MAL ACCEPTE

DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
 

L’examen de  la muqueuse linguale, avec un bon éclairage, à la loupe, ne décèle aucune lésion anormale, aucun trouble observable de la sécrétion salivaire.  Le médecin spécialisé  élimine  la  glossite exfoliatrice marginée,   la candidose chronique, le  lichen plan buccal, l’allergie de contact, la langue géographique, le syndrôme de Gougerot-Sjögren. L’examen clinique est éventuellement complété par un examen neurologique, une numération - formule sanguine pour ne pas méconnaître une  langue anémique, et une vitesse de sédimentation pour écarter une éventuelle maladie organique. Devant une telle symptomatologie sans  lésion locale anormale, ni autre pathologie organique,  le spécialiste pose  le diagnostic de glossodynie.

Certains patients ont du mal à accepter ce diagnostic, qui équivaut à dire que leurs sensations  douleureuses  ne s'expliquent par aucune cause organique. Cela  leur semble une négation de la souffrance qu'ils ressentent réellement dans leur corps.  Il leur est difficile d'accepter l'explication d'une origine   "psychogène"  ou de "dépression masquée", d'une part car  leurs sensations sont bien réelles, parfois très douloureuses, d'autre part car ils ne se sentent pas déprimés . "Tout va bien dans ma vie, sauf ma langue", disent-ils souvent. 

DES DOUTES QUI RETARDENT UNE PRISE EN CHARGE EFFICACE

La dépression, constatée par certains, leur apparait comme  une conséquence de leur mal-être physique. Ces patients doutent qu'une pathologie dépressive participe aussi des causes, et cela est compréhensible car la "dépression masquée"  a souvent pour effet de gommer tout ou partie des symptômes mentaux  de la dépression. Notons qu'il existe pourtant une relation observable entre le symptôme glossodynie et la dépression, puisque chez les déprimés, la tristesse et le ralentissement psychomoteur sont plus marqués le matin et diminuent le soir, c'est-à-dire en proportion  inverse des glossodynies, dont l'intensité augmente tandis que la journée avance.  

Ces patients sont souvent réticents à s'investir dans une psychothérapie; préférant répéter les consultations et les examens médicaux, parfois invasifs.  Ils conservent ainsi l'espoir d'une cause et d'un traitement organiques.
Tout cela peut entrainer, au fil des années,   une évolution vers un vécu douloureux chronique ou une dépression sévère.  
 

UNE DOULEUR PHYSIQUE,  REELLE,  PEUT  EXISTER  SANS  ETIOLOGIE   ORGANIQUE 

Nous pouvons avancer que la dimension psychique  est  prédominante dans la sensation corporelle. L'exemple le plus frappant, c'est la douleur  persistante que certains patients  ressentent  après l'amputation d'un membre , douleur qui peut persister des années après l'opération, c'est ce qu'on appelle le phénomène de "membre fantôme douloureux" 
C'est la trace psychique du choc de la perte qui s'exprime à travers la douleur ressentie.

En résumé, les paresthésies orales sont un trouble douloureux fonctionnel.  Ces sensations gênantes trouvent leur origine dans une perturbation, limitée à la zone buccale et réversible,  de la fonction  de représentation du schéma corporel, en particulier l'image inconsciente du corps.

L'approche psychanalytique confirme qu'une douleur physique sans étiologie organique  peut être aussi intense et réelle qu'une douleur avec étiologie organique, et que  le schéma corporel, l'image inconsciente que chaque personne a de son corps, construite avec son vécu émotionnel individuel, sont impliqués dans  ses sensations.  
 

GLOSSODYNIE,  INCONSCIENT  ET  SCHEMA CORPOREL

Notre écoute de patients qui ont engagé une psychothérapie nous a permis de préciser les mécanismes psychiques  à l'origine  des glossodynies (1) (1 bis) (2),  en cohérence avec la notion de dépression  archaïque,  c’est-à-dire qui a été  vécue dans les premiers mois de la vie. Cette dépression précoce s'exprimera plus tard dans la vie d'une personne majoritairement par des symptômes   « physiques »   et non pas psychiques, en particulier car elle renvoie à une époque où le développement  du schéma corporel neurologique n'était pas achevé, c'est-à-dire avant le 30ème mois (9). 

Ainsi, les personnes qui  souffrent de dépression archaïque ne ressentent pas les symptômes classiques  de dépression. C’est pourquoi on l’appelle aussi dépression masquée.  Il est aujourd'hui bien établi que les glossodynies relèvent de la dépression masquée (1)(2)(3)(4)(5)(6)(7)(8)                                                                                                                                                                                 

LE TRAITEMENT EFFICACE EST  PRECOCE

Notre expérience de 15 ans nous a permis de valider l'efficacité d'une approche thérapeutique précoce et globale,  associant  une psychothérapie  adaptée à la personnalité du sujet et  une prescription orale modérée.

Selon notre expérience, la psychothérapie psychanalytique permet   aux patients de se libérer durablement de leurs sensations douloureuses par un travail psychique verbalisé associant le conscient et l'inconscient.  


Il peut être bénéfique, selon l'état ressenti par le patient, d'associer à la psychothérapie un traitement anxiolytique et antidépresseur. Selon notre expérience, les médecines douces  à effet anti-dépresseur (oligothérapiephytothérapie, pratique régulière d'un sport, etc.) sont efficaces pourvu que les patients engagent une psychothérapie psychanalytique suffisamment tôt après l'apparition des troubles.

Dans le cas d'un traitement  psychotrope devenu  nécessaire étant donné l'état du patientla psychothérapie psychanalytique permet au patient de raccourcir la durée de la prise d'antidépresseurs et d'anxiolytiques, et de diminuer la posologie.  Les psychotropes ne sont pas toujours bien tolérés du fait d’effets secondaires - entre autres, ils peuvent déclencher ou aggraver une sécheresse buccale et sont rarement efficaces à 100 % . Pris sur une longue durée, leur efficacité peut diminuer ou disparaitre; sauf à augmenter les doses. Ils entrainent une dépendance et présentent le risque  d'effets tardifs. La prise de neuroleptiques peut générer des dyskinésies  (mouvements involontaires) au niveau lingual ou buccal, renforçant ainsi le symptôme.

Il faut savoir que la prise au long cours d'un traitement psychotrope peut faire obstacle à la réorganisation psychique permise par la psychothérapie. Plus une sensation douloureuse est ancienne, plus sa trace corporelle tend à s'inscrire durablementEn l'absence d'une prise en charge adaptée, les sensations douloureuses peuvent devenir chroniques. 

                                                                                                               
 
 
 
C.Demange-Salvage
Psychanalyste - Psychologue clinicienne
DESS de psychologie clinique et pathologique à l'Université Paris VII
Intervenante au D.U de pathologies de la muqueuse buccale à la Faculté de médecine de Paris

Cabinet situé à  PARIS  -  PRENDRE RENDEZ-VOUS
 
==========================================================================
(1bis) Dr. C. Husson, C.Demange "Paresthésies Buccales Psychogènes (diagnostic et prise en charge), Therapeutiques Dermatologiques, Juin 2013
(1) C.Demange, Dr. C.Husson,Dr. D. Poi-vet,  Dr. J.P.Escande ,Paresthésies buccales psychogènes (PBP) et dépression, Rev. Stomatol. Maxillofac.,1996, n°4, pp-244-252
(2) C.Demange, Dr. C.Husson, Prise en charge des paresthésies buccales psychogènes, Revue Information dentaire n°10, 1996 
(3) Freud, Le "Moi et le Ca".
(4) R. Kûffer, Les paresthésies buccales psychogènes (stomatodynies et glossodynies), Ann. Dermatol. Venereol. 1987, 114,1589-1596
(5)Modai A. Contribution à l’étude des douleurs bucco-dentaires - Glossodynies : masque de la dépression, 1982
(6)Küffer R., Rougier M., Fiore-Donno G. Les stomatotynies, Rev. Mens. Suisse odonto-stomato, 1979,89,2.
(7)Poiré M. Etudes cliniques et thérapeutiques des glossodynies. A propos de 130 cas , Déc. 1981, Faculté de médecine St-Antoine, Paris VI
(8)Daieff C.Y., Alliot B. Les manifestations psychosomatiques au niveau de la face, 1973, 74, 6: 453-464    
(9)F.Dolto, L'image inconsciente du corps, Editions du Seuil, 1984, p.209-372
                          
 

   

    
Les informations médicales communiquées sur ce site ont été validées par le Dr. C.Husson, médecin spécialisé en pathologie de la muqueuse buccale, qui exerce depuis plus de 25 ans à l'Hôpital Tarnier, Paris.

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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 20:05

 

Chaque personne a une histoire différente et unique.

C'est pourquoi ce que vous vivez lors d'une psychothérapie est unique et différent du vécu d'une autre personne.

Nous vous communiquons, avec leur accord, le témoignage de   patients.

 

 

 

Anne-Marie

Ancienneté du symptôme : 9 ans 

 

"Mes douleurs buccales sont apparues en 2004. Ces sensations  se sont installées de manière insidieuse, j’avais  des picotements dans les gencives ; petit à petit ces picotements se sont intensifiés, j’avais l’impression d’avoir une fourmilière dans la bouche…  j’ai consulté mon généraliste et plusieurs stomatologues. L’un d’ eux m’a conseillé  d’aller voir un psychiatre qui m’a prescrit un antidépresseur et une thérapie. Je l’ai vu pendant 4 ans,  à raison d’une fois par semaine. Il n’y a eu aucune amélioration de mon symptôme buccal.

 

Devant ce manque de résultats, je suis allée voir  un neurologue réputé en 2008, qui a voulu lui aussi me prescrire un antidépresseur (anafranil). J'ai refusé en lui disant que je ne me sentais pas déprimée. Il m’a prescrit, en alternative, du rivotryl et du laroxyl que j’ai pris quotidiennement pendant 4 ans, sans que les sensations cèdent du terrain. Je souffrais quotidiennement.

 

J’ai finalement consulté une dermatologue spécialisée en pathologies de la muqueuse buccale, qui m’a conseillé une thérapie psychanalytique, que j’ai commencée il y a un an et demi, à contre-cœur car je n’y croyais pas vraiment : J’avais vraiment mal à la bouche, et pour moi ce n’était pas psychologique du tout …  

 

Avec la thérapie,   mon regard sur moi-même, sur mon histoire, sur  mes relations à mon mari,  ma famille, a changé. Petit à petit, les sensations dans ma bouche ont évolué, ce n’était plus une fourmilière,  mais plutôt un goût acide, amer, avant de s’estomper progressivement.

 

Ma thérapie progressant, j’ai  pu  arrêter le rivotryl et le laroxyl,  et j’ai accepté que le neurologue me prescrive un antidépresseur,  l’anafranil.  La thérapie m’a permis de comprendre  différemment mon passé  et d’atteindre des objectifs avec succès … Aujourd’hui, après 18 mois de thérapie,      je ne sens pratiquement plus ma bouche, et je n’ai plus d’idées noires quand je me lève le matin. J’ai pu arrêter il y a quelques  semaines  la prise d’anafranil .  

 

J’ai l’impression qu’une ouverture s’est faite dans ma vie ;  je vois les gens différemment ;  j’ai des projets  et une envie de nouveau , que je me semble capable de mettre en oeuvre de manière autonome".

 

 

 Anne 
Ancienneté du symptôme : 7 ans

 

« Une glossodynie a été diagnostiquée par mon stomatologue après que je me sois plainte de brûlures à la langue: mes réponses à ses questions précises lui ont permis ce diagnostic, qui depuis m’a été confirmé par des spécialistes.

Cela a commencé il y a environ 7 ans, et la solution qui m’a été donnée était d’attendre, de ne surtout pas faire de bains de bouche, et que malheureusement le traitement ressemblait à « sois belle et tais-toi».

Au bout de quelques temps de ce « traitement » j’ai consulté un premier « grand « homéopathe », qui m’a donné une "méga-ordonnance" : alternance de granulés et d’ampoules de toutes sortes, à prendre pendant 2 mois selon un programme très strict. Cela ne m’ayant rien fait, je suis retournée le voir pour avoir un autre traitement et il m’a dit :»cela ne vous a rien fait ? Au revoir Madame je ne peux rien pour vous et vous ne me devez rien ».

Après quelques temps de brûlures de plus en plus intenses au fur et à mesure de la journée, se calmant en dormant et revenant le lendemain en un éternel retour, j’ai consulté un autre homéopathe, le « plus grand « de la place. Au bout d’un an de régime « détox » pour mes intestins et d’interdiction de céréales, sucreries, viande et tutti quanti j’avais une belle ligne, et la langue toujours en feu.

Je suis également allée voir un magnétiseur, qui m'a dit de m'allonger, m'a posé des pierres sur le front, a fait quelques passes au-dessus de moi en parlant de ma grand-mère. Cela ne m'a rien fait.

J’ai enfin consulté une spécialiste dermatologue de la muqueuse buccale qui m’a dit que l’origine était une dépression cachée et m’a donné le choix entre l’anti dépresseur ou l’analyse : j’ai pris les deux, donc il y a un an et demi.

L’analyse a commencé fin mars 2010, et s’est déroulée sur un an. Depuis, mes brûlures ont baissé progressivement d’intensité, rendant mes après- midi et soirées vivables.  

Avec cette analyse  menée avec douceur, distance et fermeté, j'ai pu trouver des mots et des émotions perdus, et ce que j'ai découvert est étonnant de vérité qui se révèle. L’analyse m'a permis de trouver une parole perdue derrière un voile constitué des péripéties du rêve. J'ai pu ainsi « accoucher » des nœuds qui s'étaient formés en moi, pour les ouvrir et parvenir à changer mon regard, que j'avais figé, sur mon histoire familiale, en trouvant des liens entre les découvertes faites au fur et à mesure des séances »

   

{C}

Laurence 

Ancienneté du symptôme  : 3 ans

 

"Je souffrais d’une glossodynie depuis presque 3 ans.Je ressentais des brûlures sur la langue, une vraie douleur. J'ai consulté plusieurs médecins (mon généraliste - qui m'a prescrit un antifongique, sans résultats - , deux dentistes, un stomatologue,   qui m'ont  confirmé que ma bouche était normale, et un chirurgien dentiste qui m'a parlé de glossodynie). J’étais très tendue  physiquement depuis des mois,  avec un mauvais sommeil, un réveil trop précoce,  et des états d’âme, alors que j’ai toujours été une femme particulièrement dynamique et optimiste.

Je ne me reconnaissais plus, mon mari lui aussi trouvait que je n’allais pas bien, c’est pourquoi j’ai décidé de me soigner, en commençant une thérapie psychanalytique et en soignant mes tensions physiques . 

Souhaitant éviter les psychotropes,  j’ai  pris une dose maximale de magnésium le soir  ce qui m’a effectivement détendue et permis de retrouver le sommeil sans médicaments. J’ai  également  pris du millepertuis dosé à 600 mg/jour, le soir, ce qui m’a permis d’être de meilleure humeur le matin et d’agir plus efficacement dans la journée. J’ai   commencé à  faire de l’aquagym trois fois par semaine, ce qui a contribué à diminuer mes tensions physiques.  

Je pensais ne pas rêver, pourtant,  dès la première séance de thérapie, j’ai fait de nombreux rêves. Le travail effectué avec la thérapeute m’a permis d’ouvrir des portes,   d’identifier des changements à opérer dans ma vie pour être moins stressée, et d’accepter certaines remises en cause. 

Au bout d’une dizaine de séances, mes sensations douloureuses ont nettement diminué, et j'ai arrêté le magnésium et le millepertuis. Aujourd'hui, quand je vais bien psychiquement –   j’espère aller bien de plus en plus souvent, car  je pense avoir trouvé  des solutions pour diminuer mon stress- je ne sens pratiquement plus ces sensations de brûlure. " 

{C}

 

 

Pierre 
Ancienneté du symptôme  : 6 mois 

 

"Il y a environ 6 mois, j'ai commencé à ressentir des sensations de brûlure sur la langue, avec des rougeurs sur les gencives et une impression de bouche sèche. Ces "brûlures" augmentaient jusqu'au soir, pour recommencer le lendemain matin. J'ai toujours été soucieux de ma santé, et je dois dire que ces symptômes m’ont vraiment inquiété ; je craignais un cancer car il y en a déjà eu dans la famille du côté de mon père.

Mon médecin généraliste m'a orienté vers un dermatologue spécialisé en pathologies de la muqueuse buccale, qui m’a tout de suite confirmé le diagnostic de glossodynie, et m’a expliqué le traitement : un traitement anti-dépresseur et/ou une psychothérapie. J’ai choisi les deux, afin de maximiser mes chances de guérir.

La psychothérapie d'inspiration psychanalytique a duré 4 mois, soit 10 séances (interrompue par les vacances de Pâques). J’ai compris, au cours de ces séances, comment certains aspects de mes relations avec mes proches et avec mon environnement professionnel m’empêchaient de savoir vraiment ce que je voulais et de prendre les bonnes décisions. J’ai « retrouvé » des émotions que j’avais pris l’habitude de ne pas voir, et qui pourtant me donnaient des informations très importantes pour m’orienter.

J’ai vraiment vécu cette thérapie comme une « aide à la prise de décision ». En effet, à la 7ème séance, j’ai pris une décision très importante professionnellement, qui m’a « libéré ».

Les sensations de brûlure ont diminué dès la 4ème séance (premier mois de traitement), et je dois dire qu’aujourd’hui je n’y pense plus. Le médecin a diminué mon traitement anti-dépresseur dès le 3ème mois de ma thérapie, et aujourd’hui je ne prends plus de médicaments."

 

 

 

 

 

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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 20:03

Novembre 2011

 

Par C.Demange-Salvage, psychanalyste et psychologue clinicienne 

 

 

 

Le terme dépression masquée, apparu en 1969 (WALCHER, 1969, die "Lavierte Depression"), mais dont le concept peut être retrouvé dès la fin du 19ème siècle, et qui a été repris par l'école psychosomatique française sous le terme "dépression essentielle", correspond à peu près à ce que les anciens psychiatres appelaient "dépression sine depressione", c'est à dire un état où le processus dépressif et ses deux symptômes fondamentaux, à savoir la tristesse vitale et le ralentissement psycho-moteur, sont masqués, occultés par une symptomatologie somatique.

 

D'après Walcher, la dépression masquée peut prendre la forme de n'importe quel syndrôme somatique. Ainsi le processus dépressif est recouvert par une diversité de troubles végétatifs ou organiques fonctionnels - équivalents dépressifs- qui touchent tous les systèmes: système nerveux-central, systèmes vaso-végétatif, cardio-vasculaire, gastro-intestinal, génito-urinaire, musculaire, osseux.

 

Parmi les symptômes pouvant ressortir de la "dépression masquée"  ont été identifiés dès 1965 (liste non limitative) :

  •  troubles du sommeil (insomnie, surtout du matin, mais aussi hypersomnie)
  •  troubles gastro-intestinaux ( dont la colopathie fonctionnelle)
  •  certaines maladies auto-immunes
  •  troubles neurovégétatifs et fonctionnels, parmi lesquels ont été recensés
    •  Constriction cervicale ou thoracique
    •  Vertiges (de Meniere)
    •  Acouphènes
    •  Troubles cardio-vasculaires (poussées hypertensives ou hypotensives)  
    •  Céphalées, souvent accompagnées d'éléments phobiques (peur d'une tumeur cérébrale, de la mort)
    • Affections cutanées (vitiligo, urticaire, psoriasis, lichen plan, cheilites...)
    • Troubles musculo-squelettiques: douleurs au niveau de la nuque et de la colonne vertébrale : scapulalgies, lombalgies, certaines arthroses, douleurs sciatiques et pelviennes
    • Douleurs atypiques ; douleurs sine materia, glossodynies et stomatodynies, les algies faciales atypiques

Le plus souvent la dépression masquée et ses symptômes se manifestent chez des personnes qui ne se plaignent pas de leur vie relationnelle et affective. Leur plainte se concentre sur leurs symptômes physiques, qui accaparent leurs efforts pour guérir.

Les examens sont répétés, les traitements sont renforcés et pourtant  peu efficaces, et cela est logique : Plus la composante psychique d'un trouble psychosomatique est prégnante, plus les traitements médicaux habituels sont peu opérants.  L'expérience montre que la psychothérapie analytique permet d'améliorer l'efficacité des traitements médicamenteux, dès lors que le cadre classique de l'analyse est aménagé pour ces patients.  

 

En conclusion, c'est aux organes localisés,  observables et objectivables, que l'on a tendance à référer spontanément et unilatéralement les maladies...  L'approche psychosomatique  (initiée il y a plus de 60 ans par D.W.Winnicott (1), psychanalyste anglo-saxon)   est différente car elle prend en compte la réalité humaine, à la fois corporelle et psychique. Elle étudie la maladie dans les deux dimensions qui structurent l'existence humaine, spatiale (le corps physique) et temporelle (l'histoire individuelle, unique, affective et psychique, du patient). La dimension psychique  peut  être niée par certains, en particulier car elle introduit un critère hautement individuel dans le soin, unicité qui contrecarre, entre autres,  le critère de "répétabilité"  cher à l'ancienne pensée scientifique

 

La citation de Pascal , qui avait une compréhension profonde de la nature humaine, nous donne à réfléchir : 

 

" C’est une maladie naturelle à l’homme de croire qu’il possède la vérité directement; et de là vient qu’il est toujours disposé à nier tout ce qui lui est incompréhensible; au lieu qu’en effet il ne connaît naturellement que le mensonge; et qu’il ne doit prendre pour véritables que les choses dont le contraire lui paraît faux ".  

 

Pascal, De l’esprit géométrique

 

 

(1) Winnicott D.W., 1949 - "Mind in its relation to the psyche-soma"

 

 

 

 

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 15:42

 

Juin 2014

CONDITIONS DE REUSSITE D'UNE PSYCHOTHERAPIE PSYCHANALYTIQUE 

On peut  commencer une thérapie psychanalytique à tout âge, et quel que soit son niveau d'éducation.

 

Ce qui importe pour réussir ce travail, c'est l'intérêt sincère  pour cette approche basée sur l'écoute,  l'expression de soi,  et un esprit suffisamment curieux, apte aux remises en question...   


Parmi les certitudes qu'il est souhaitable de pouvoir abandonner , il y a celle qu'un trouble physique relèverait nécessairement d'un traitement physique...  la carence d'images mentales et de "liens signifiants ", psychiques, peut être  à l'origine d'un symptôme physique. La maladie psychosomatique s'enracine non pas dans des champignons, ni dans un virus, ni dans un nerf lésé, mais dans l'histoire psychique, consciente et inconsciente, d'une personne.

Pour que le processus thérapeutique se mette en place, il est essentiel que le patient ait une motivation forte.

 

La thérapie analytique peut apporter,  en plus de la disparition durable du symptôme objet de la demande initiale,  des bénéfices plus globaux, qui se manifesteront  par des relations plus satisfaisantes avec les autres, une meilleure relation à la réalité, et une meilleure capacité à intégrer les changements, transitions de vie et autres  "chocs du futur" .

PROCESSUS  EN JEU DANS LA MALADIE DEPRESSIVE 

La dépression somatique résulte d'un court-circuitage du psychisme, sous-tendu par une difficulté à  intégrer psychiquement la séparation avec l'autre, le premier "autre" étant la mère qui nourrit et soigne.

Le sevrage  alimentaire du  début de la vie  est une première étape de construction de cette aptitude à la séparation psychique, qui se poursuit  au moment de "l'angoisse du 8ème mois" , ressentie par l'enfant face à un inconnu. Cette angoisse passagère, qui accompagne ce premier travail mental de deuil, est une réaction normale à la perte lorsqu'on parvient à l'accomplir.


"Faire une dépression mentale" ou bien déclencher une  dépression somatique , c'est-à-dire une "dépression masquée", également nommée maladie psychosomatique,  sont - paradoxalement - des  tentatives spontanées de guérison, de relance du processus mental d'élaboration de la séparation, des changements vécus. 


L' élaboration mentale de la perte, de la séparation est une étape normale du développement humain. C'est pourquoi l'on peut parler de "dépression normale" au sens d'une capacité à traverser certains moments de vie difficiles sans tomber malade. Les symptômes corporels sont une solution mise en oeuvre par l' inconscient pour colmater les blessures psychiques précoces qui n'ont pu être verbalisées. Ainsi, le symptôme psychosomatique est un choix inconscient pour tenir à distance de la conscience les conflits intérieurs. La thérapie psychanalytique,  adaptée à la spécificité des patients, leur permet d'achever cette étape de leur développement  en leur évitant de subir une angoisse excessive

PSYCHANALYSE ET  NEUROSCIENCES

Les neurosciences ont récemment validé la possibilité de l’existence de l’ « inconscient » (1, 2), donnée individuelle dont la traçabilité dépend de l’histoire singulière et unique d’une personne,  en continuité avec la « plasticité neuronale »:  les connexions entre les neurones sont modifiées par l’apprentissage,  qui crée ou reconfigure les connexions neuronales.

La psychothérapie analytique est un apprentissage, à l’aide du processus associatif, de l’histoire inconsciente individuelle, tissée dans l’histoire consciente d’un sujet singulier. C’est pourquoi elle peut entraîner une modification durable du fonctionnement cérébral, au même titre qu’un traitement psychotrope. 

 

L'avantage de la psychothérapie analytique, c'est qu'elle permet d'atteindre les strates inconscientes, différentes selon l'histoire individuelle de chaque personne, précisément impliquées dans le déclenchement du symptôme. De plus, la démarche analytique développe l'autonomie de la personne, au contraire des psychotropes qui induisent une dépendance dont il est parfois très difficile de sortir. 

 

 

(1)  Pierre Magistretti, François Ansermet, Neurosciences etPsychanalyse, 2010, éditions Odile Jacob, p19, p.31

(2)  François Ansermet, Pierre Magistretti, A chacun son cerveau, 2004, éditions Odile Jacob

 

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Published by SITE d'INFORMATION GLOSSODYNIES et STOMATODYNIES
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