Samedi 8 octobre 2011 6 08 /10 /Oct /2011 22:03
Novembre 2011

 

Par C.Demange-Salvage, psychanalyste et psychologue clinicienne 

 

 

 

Le terme dépression masquée, apparu en 1969 (WALCHER, 1969, die "Lavierte Depression"), mais dont le concept peut être retrouvé dès la fin du 19ème siècle, et qui a été repris par l'école psychosomatique française sous le terme "dépression essentielle", correspond à peu près à ce que les anciens psychiatres appelaient "dépression sine depressione", c'est à dire un état où le processus dépressif et ses deux symptômes fondamentaux, à savoir la tristesse vitale et le ralentissement psycho-moteur, sont masqués, occultés par une symptomatologie somatique.

 

D'après Walcher, la dépression masquée peut prendre la forme de n'importe quel syndrôme somatique. Ainsi le processus dépressif est recouvert par une diversité de troubles végétatifs ou organiques fonctionnels - équivalents dépressifs- qui touchent tous les systèmes: système nerveux-central, systèmes vaso-végétatif, cardio-vasculaire, gastro-intestinal, génito-urinaire, musculaire, osseux.

 

Parmi les symptômes pouvant ressortir de la "dépression masquée"  ont été identifiés dès 1965 (liste non limitative) :

  •  troubles du sommeil (insomnie, surtout du matin, mais aussi hypersomnie)
  •  troubles gastro-intestinaux ( dont la colopathie fonctionnelle)
  •  certaines maladies auto-immunes
  •  troubles neurovégétatifs et fonctionnels, parmi lesquels ont été recensés
    •  Constriction cervicale ou thoracique
    •  Vertiges (de Meniere)
    •  Acouphènes
    •  Troubles cardio-vasculaires (poussées hypertensives ou hypotensives)  
    •  Céphalées, souvent accompagnées d'éléments phobiques (peur d'une tumeur cérébrale, de la mort)
    • Affections cutanées (vitiligo, urticaire, psoriasis, lichen plan, cheilites...)
    • Troubles musculo-squelettiques: douleurs au niveau de la nuque et de la colonne vertébrale : scapulalgies, lombalgies, certaines arthroses, douleurs sciatiques et pelviennes
    • Douleurs atypiques ; douleurs sine materia, glossodynies et stomatodynies, les algies faciales atypiques

Le plus souvent la dépression masquée et ses symptômes se manifestent chez des personnes qui ne se plaignent pas de leur vie relationnelle et affective. Leur plainte se concentre sur leurs symptômes physiques, qui accaparent leurs efforts pour guérir.

Les examens sont répétés, les traitements sont renforcés et pourtant  peu efficaces, et cela est logique : Plus la composante psychique d'un trouble psychosomatique est prégnante, plus les traitements médicaux habituels sont peu opérants.  L'expérience montre que la psychothérapie analytique permet d'améliorer l'efficacité des traitements médicamenteux, dès lors que le cadre classique de l'analyse est aménagé pour ces patients.  

 

En conclusion, c'est aux organes localisés,  observables et objectivables, que l'on a tendance à référer spontanément et unilatéralement les maladies...  L'approche psychosomatique  (initiée il y a plus de 60 ans par D.W.Winnicott (1), psychanalyste anglo-saxon)   est différente car elle prend en compte la réalité humaine, à la fois corporelle et psychique. Elle étudie la maladie dans les deux dimensions qui structurent l'existence humaine, spatiale (le corps physique) et temporelle (l'histoire individuelle, unique, affective et psychique, du patient). La dimension psychique  peut  être niée par certains, en particulier car elle introduit un critère hautement individuel dans le soin, unicité qui contrecarre, entre autres,  le critère de "répétabilité"  cher à l'ancienne pensée scientifique

 

La citation de Pascal , qui avait une compréhension profonde de la nature humaine, nous donne à réfléchir : 

 

" C’est une maladie naturelle à l’homme de croire qu’il possède la vérité directement; et de là vient qu’il est toujours disposé à nier tout ce qui lui est incompréhensible; au lieu qu’en effet il ne connaît naturellement que le mensonge; et qu’il ne doit prendre pour véritables que les choses dont le contraire lui paraît faux ".  

 

Pascal, De l’esprit géométrique

 

 

(1) Winnicott D.W., 1949 - "Mind in its relation to the psyche-soma"

 

 

 

 

Par Psychanalyste-Psychothérapeute
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